Une araignée dans la Toile

Oeuvre visionnaire ?



     Le 17 septembre 2000 paraissait sur internet le premier opus de la trilogie Web Wolrd Will, intitulé Une araignée dans la Toile, un livre qui n'a jamais quitté le réseau depuis sa publication. Ce que la romancière Aline Elorn considérait comme un amusement d'écriture conjuguant l'amour des mots et de l'internet se révèle à postériori singulièrement visionnaire. A défaut, on notera de troublantes coïncidences avec l'actualité la plus proche.

En effet, en 2000 l'auteur écrivait textuellement "Le mouvement est en marche", s'agissant du Mouvement Créatif Humaniste prôné par Jon Web. "Wenjob (..) ne dirigeait aucun parti. Il était seulement l’initiateur d’un mouvement". Et le personnage à la tête de ce mouvement était décrit ainsi :  "Un séducteur. Jon Web était un séducteur qui savait séduire et envoûter ceux qui l’approchaient. L’assurance, la sobriété, un langage direct, des suggestions déroutantes qui déstabilisaient ses interlocuteurs, telle était la panoplie de ses attributs."
Séducteur dont s'est épris "Une femme d’un âge bien mûr, dansant dans les bras d’un robot à la jeunesse éternelle." Un robot, certes.

Mais les références à l'actualité proche ne s'arrêtent pas là. Elles deviennent particulièrement prégnantes s'agissant de:

. La communication: "Aujourd’hui le pouvoir a un synonyme qui est à son tour devenu maître-mot: communication. La communication permet d’accéder au savoir qui est un tremplin vers le pouvoir. Ainsi, le pouvoir est suspendu à la communication."

. L'idéologie ou l'absence d'idéologie: "Le site Wenjob propage une idéologie, utopiste peut-être, mais en conformité avec les aspirations de la planète. Voilà des lustres que les humains manquent cruellement d’idéologie. Une idéologie qui puisse les faire rêver. Est-ce peut-être la raison pour laquelle ils fuient massivement vers le web. Parce qu’ils n’ont plus d’idéologies antinomiques, ou de croyances crédibles. Le site Wenjob est interactif. Il s’adresse aux hommes individuellement et non collectivement. Il les rend acteurs de leur destin, et non simplement spectateurs."

. L'entreprise : "Wenjob était en train de créer une économie parallèle, accessible exclusivement à ces petites unités de production qui se mirent à pulluler. (..) L’idée de donner un emploi à un maximum d’individus, était plutôt de nature à enthousiasmer de nouveaux visiteurs." "Consciente que l’efficacité créative était plus souvent le fait de la réflexion horizontale que de l’agitation verticale, l’entreprise humaniste avait la particularité d’allonger les cerveaux dans des hamacs ou sous des cocotiers. Celle-ci accueillait un nombre de salariés limité, dont elle s’efforçait de préserver le bien-être, gage de motivation et de compétence qui engendrait une production de qualité. Privilégiant l’innovation au rendement, l’entreprise humaniste cherchait sans cesse à améliorer les potentialités individuelles dans un souci de confort collectif. Elle estimait que les salariés, eux-mêmes consommateurs, étaient le meilleur véhicule publicitaire du produit qu’ils fabriquaient."

. L'administration: "(..) l’administration devait se charger de la paperasserie dévolue aux entreprises, afin que celles-ci eussent les moyens de se consacrer exclusivement à leurs fonctions créatives et productives. (..) On exhortait l’administration à veiller à des recrutement selon les compétences, surtout au niveau des postes intermédiaires. L’intermédiaire avait pour rôle d’étudier l’opportunité de supprimer ou simplifier les formulaires, et devait être particulièrement à l’écoute de l’exécutant dont l’avis était prépondérant. L’exécutant pouvait ainsi régler un problème sans avoir à en référer à la hiérarchie, ce qui devait permettre d’éviter les disparités et les nuisances entre le secteur productif et le secteur administratif."

. Les médias: "(..) les médias officiels perdirent ce qui leur restait de crédibilité. Depuis longtemps déjà le site divulguait ses propres informations, glanées sur d’autres sites. Le Web Indépendant, en lien avec le site Wenjob, diffusait à un taux d’écoute qui battait tous les records".

En dehors de ces coïncidences, on s'interrogera également sur l'architecture sociétale du Webworld criante d'actualité: "La représentativité des citoyens par les élus n’était plus fondamentale, du fait de la maturité du peuple gouverné. Les représentants étaient surtout chargés d’appliquer les propositions des habitants. Tout individu qui souhaitait se présenter au suffrage des électeurs devait suivre au préalable une formation lui permettant d’être qualifié dans ses fonctions. Pour exercer pleinement ses pouvoirs, l’élu devait avoir obtenu un quota de cinquante pour cent des suffrages, de la part des citoyens en âge de voter. Si ce taux n’était pas atteint, si l’élu avait manqué de convictions, le pouvoir demeurait sous la stricte vigilance des citoyens par le biais exclusif du référendum."

On s'étonnera des préconisations du Webworld en matière de soins, en parallèle avec le développement de médecines alternatives: "Lorsque le corps souffrait, l’antidote de base était le repos. Pour améliorer le bien-être individuel et collectif de la population, les dépenses de santé étaient transférées vers les activités de loisirs, offertes à tout un chacun dans le Webworld."

Ou des préconisations en matière d'éducation, avec une école étagée dont le premier palier est ouvert aux connaissances de base et à l'imaginaire, le second à l'apprentissage des techniques de mémorisation, le troisième à l'enseignement des notions de droit et de médecine avant l'alternance études/entreprise du quatrième palier.

Si cet amusement d'écriture surprend aujourd'hui par ses coïncidences, il reste avant tout un roman, c'est-à-dire une oeuvre d'imagination, délibérément pimentée d'absurdités romanesques: une rencontre amoureuse sur fond de soupe au choux, un président inapte à faire le lien entre Jon Web et l'anagramme Wenjob... et par-dessus tout un livre présenté comme une autobiographie née d'une rencontre avec Jon Web.