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Développeurs d'application : 

Ecole Européenne des Métiers de I'Informatique

versus BTS IG (futur SIO)

 

L'EEMI : Une école spécialement dédiée aux métiers de l'internet

Ouf ! Il était temps! Le Web a émergé en France dans les années 1990 avec les premiers balbutiements de sites web. Si les pionniers de ces sites se sont formés "sur le tas", depuis quelques années des "métiers de l'internet" apparaissent. Et forcément les diplômes afférents.

Ces pionniers de l'internet ont aussi été les premiers à s'apercevoir de l'inadéquation entre les études formant aux diplômes et les besoins réels des entreprises. Ainsi est venue l'idée à Jacques-Antoine GRANJON (fondateur de vente-privee.com), Marc SIMONCINI (fondateur de Meetic.fr), Xavier Niel (fondateur de free.fr) de créer une école spécialement dédiée aux métiers de l'internet l'Ecole Européenne des Métiers de I'Informatique (EEMI). Cette école, située dans les locaux du Palais Brongniart formera des Webmasters, des développeurs, des architectes d'information, des programmeurs et développeurs multimédia, des intégrateurs, des experts en sécurité informatique, des référenceurs etc....

Actuellement, la Toile manque cruellement de personnel correctement formé, et notamment de développeurs d'application. Pourtant de nombreux développeurs d'application sont formés par l'Education Nationale, par le biais du diplôme de BTS IG (futur BTS SIO). Pour en comprendre la raison, il faudrait s'interroger sur ce qu'une entreprise de l'internet attend d'un développeur. Schématiquement, de savoir se "démerder" avec un site pour en améliorer les performances, qu'il s'agisse d'interactivité ou de visibilité. En gros, un gamin de 12 ans qui aura eu suffisamment de curiosité, de créativité et de passion pour internet, qui se sera "fait les dents" en créant un site de jeu ou annexe d'un jeu connu (ne rêvons pas... c'est 9 fois sur 10 de cette manière que les futurs développeurs sont attirés par cette profession), avec quelques pages bien tournées, un petit graphisme bidouillé, un bon forum, quelques suppléments de programmation perso incrustés ici ou là à partir de langages potassés pendant quelques nuits sur internet... est un développeur (et un bon !) en devenir.

L'examen du BTS IG (futur SIO) option développeur ou la voie sans issue

Or, un des premiers diplômes qui forme au métier de développeur, le BTS IG développeur d'applications, consiste en un bourrage de crâne de matières secondaires exhaustivement détaillées, débouchant sur un examen devant des profs de culture plus scolaire que de culture d'entreprise (Pour s'en convaincre, un petit tour du côté des forums du site Web-ig est révélateur)

A l'issue de 2 années d'enseignement, de 8 semaines de stage en entreprise, et de trente kilos de manuels ingurgités, l'élève doit obtenir une moyenne générale de 10 à l'examen. Côté contenu, la formation est pléthorique.

L'apprentissage de la comptabilité est déjà équivalente à celle que doit connaître le bon comptable de base qui peut se débrouiller avec une comptabilité d'entreprise : un morceau bien lourd de la formation. A cela s'ajoute une bonne connaissance de l'économie (façon 30 ans de journaux télévisés quotidiens pour être au top), une bonne culture littéraire générale pour assumer le coefficient 2 de l'épreuve de Français, un niveau mathématiques plutôt proche des sections scientifiques et un niveau d'anglais technique où il est préférable d'être natif d'un pays anglo-saxon. Quant aux épreuves orales la préparation d'une "soutenance" à présenter devant un jury plus préoccupé par le chrono que par le contenu, n'a rien à envier, en matière d'exigence, à la thèse doctorale (si on tient compte du niveau initial des élèves à qui on demande cette soutenance). Idem de la Pratique des Techniques Informatiques (PTI) qui consiste en une présentation pratique d'une activité préparée à l'avance par l'étudiant, en rapport avec sa formation, où l'examinateur pioche entre 5 activités et chrono en main (rebelote!) veille à ce que la présentation ne déborde pas du temps imparti, tout comme le document présenté qui ne doit pas déborder des 4 pages imposées. Notons que l'examinateur pourra, à l'oral, agacer le candidat avec une question qui, selon son humeur, sera vacharde ou pas (un sujet que l'étudiant connaît bien, ou un sujet qui se sera perdu dans les 30 kilos de formation scolaire).

Cet examen, en dehors des clous, élimine les petits génies dont rêve toute entreprise internet, et consacre les bons petits soldats dépourvus d'initiative et de créativité... mais bien scolaires. On notera au passage que, malgré la ligne prévue dans le référentiel, le professionnel qui devrait être présent lors des épreuves orales pratiques est rarement là. On notera aussi que les candidats libres, non formés par l'établissement où ont lieu les épreuves, seront particulièrement sabrés : aucune indication ne leur est fournie au préalable sur le matériel à leur disposition lors de l'examen, sérieux handicap quand on sait que tout le travail repose sur une démonstration pratique de ce qu'ils ont conçu.  

L'EEMI parviendra t-elle à contrer le manque de développeurs

D'où l'idée de nos trois pionniers de fonder l'Ecole Européenne des Métiers de I'Informatique (EEMI), un établissement créé par des professionnels pour des professionnels. L’EEMI garantit "une formation en totale adéquation avec les attentes des entreprises du secteur, notamment grâce à des stages opérationnels et une préparation sur-mesure au monde du travail" et garantit surtout un emploi à l'issue des études. Et pour cause, dans la mesure où la majeure partie de la formation se déroule sous forme de stages en entreprise, les étudiants seront qualifiés pour être immédiatement opérationnels et performants. Et nos braves pionniers comptent probablement sur leurs propres réseaux internet pour "caser" les étudiants formés à l'EEMI.

Prenons à présent le programme de formation d'un développeur qui se déroule sur 3 ans. L'enseignement est plutôt technique axé sur l'apprentissage des outils et technologies du Web, la pratique des logiciels, la programmation informatique, les réseaux et la sécurité. Et surtout, on notera des stages tutorés en entreprise bien plus importants : la troisième année, par exemple, n'est qu'une année de perfectionnement technique avec une alternance tutorée en entreprise.

On ne peut que saluer l'initiative de ces professionnels de l'internet, qui répondra sans aucun doute à l'attente des entreprises de l'internet en manque de développeurs compétents.

Alors EEMI ou BTS IG (futur SIO) ? 

Le BTS IG (Informatique de Gestion) est appelé à devenir BTS SIO (Services Informatiques Organisations). Les candidats à ce diplôme pourront consulter ici le détail la formation. Un constat: loin de s'améliorer la formation est encore pire que l'ancienne et les exigences requises de la part des étudiants, un embrouillamini de connaissances qui laissent craindre, au final, des capacités fort réduites en entreprise. Une entreprise n'attend pas d'un développeur qu'il soit à la fois érudit, expert-comptable, expert en droit, expert en économie et Einstein en maths. Elle attend avant tout un bon technicien sur le terrain. On comprendra dès lors que, outre le diplôme, les entreprises exigeront 4/5 années d'expérience avant d'embaucher ce type de diplômé. A moins d'en faire des "assistants développeurs" avec un salaire au rabais.

Face aux futurs diplômés EEMI, il y a fort à parier que les futurs diplômés BTS IG (SIO) auront bien du mal à entrer sur le marché du travail. Seule ombre au tableau concernnt l'EEMI : le coût de la formation. L'EEMI offre à ses étudiants des locaux bénéficiant d'aménagements technologiques de haut niveau sur le plan informatique et multimédia, locaux situés à Paris dans le Palais Brongniart, ancien temple de la bourse française, qui devient une plateforme dédiée à l'innovation et aux nouvelles technologies. Mais cette formation à un prix. Les frais de scolarité s'élèvent à 6 500 euros par an. Le financement peut se faire par des prêts d'études à taux réduits négociés par des accords avec les banques et facilités par l'embauche assurée en fin de formation. A ces frais devront s'ajouter les frais de transport et d'hébergement des étudiants venus de province... ou d'ailleurs. Autrement dit, les candidats formés à l'EEMI commenceront leur carrière professionnelle avec une ardoise de 20000 à 40000 euros de crédit sur le dos. A moins de négocier une reconnaissance de l'Etat permettant d'accueillir des élèves boursiers, l'EEMI risque de devenir une école élitiste sélectionnant sur critères financiers et attirant à priori des étudiants issus de catégories sociales aisées. Or, entre un jeune né avec l'Ipad dernier cri et un jeune rafistolant des vieilles bécanes ou bidouillant des programmes pour ordinater, il n'y a pas photo côté motivation, compétences et capacités d'innovation. Si l'EEMI garantit un emploi à ses étudiants, l'EEMI ne garantit pas aux employeurs d'avoir le salarié dont ils rêvent, la perle rare, le petit génie de l'informatique.

En attendant que l'Education Nationale revisite le contenu de sa formation BTS et que l'EEMI revoit les conditions d'accès à sa formation, le seul conseil à donner aux futurs étudiants attirés par le métier de développeur est de ne pas mettre en avant, dans leur CV, le diplôme qu'ils ont obtenu (ou non), mais leurs compétences personnelles. Si vous vous reconnaissez dans le gamin de 12 ans qui aura eu suffisamment de curiosité, de créativité et de passion pour internet... alors vous avez toutes les chances d'être accueilli à bras ouverts dans les meilleures entreprises.

Coordonnées EEMI : http://www.eemi.com/

Palais Brongniart

28, place de la Bourse

75002 Paris